Programme 2025-2026

L'Olfactif dans la mémoire - Perspectives psychanalytiques

Joyce McDougall écrit dans « L’odorat qui attaque et la peau qui pleure » (chapitre 8 de son ouvrage Éros aux mille et un visages) :

« Partant du fait que les nourrissons cherchent et trouvent le sein par leur sens de l’odorat, il m’apparut évident que le bébé connaît également l’odeur du sexe de sa mère –ainsi que celle du père– et qu’il les distingue sans doute, parmi d’autres repères, par les odeurs qu’ils dégagent. Il me semble probable qu’une tendance aux réactions allergiques, associée à l’odorat et au sens du goût, pouvait commencer déjà à s’organiser psychiquement dans le cadre d’une relation mère-enfant perturbée. De même, j’observais avec intérêt, chez plusieurs de mes analysants, que les allergènes toxiques avaient leur source dans les odeurs, les goûts ou les expériences tactiles qu’ils avaient investis positivement, voire recherchés avidement pendant leur enfance. »

Ce passage, ainsi que plusieurs cas développés dans cet ouvrage ou présents dans ma propre clinique a été le point de départ d’un questionnement sur l’olfaction en psychanalyse, un sens qui apparaît comme oublié, refoulé, voire forclos dans la théorie freudienne et lacanienne.

Je propose de revenir sur l’intuition (partiellement validée par les neurosciences !) de Fliess reliant les fosses nasales au sexuel, sur le rêve de Freud appelé « l’injection faite à Irma » et l’effroyable opération subie par sa patiente Emma Eckstein, enfin sur l’interprétation que Lacan fait de ce rêve fondateur, c’est-à-dire sur cet endroit où la psychanalyse décroche du corps et de son expression la plus fragrante pour se sublimer dans le signifiant.

L’odeur de la décomposition nous enveloppe dès la naissance, la vie un déjà-là de la mort. Une « enveloppe olfactive », nous dit Anzieu dans le Moi-peau. Au travers de la clinique nous reviendrons au sein comme premier objet olfactif pour dépasser et approfondir la condensation proposée par le titre de cette intervention : « En odeur de sein tété ». Ce jeu de mot n’est pas un ornement : il est la chose même, il dit que ce qui est tenu pour le plus évanescent (la sainteté) porte en lui, refoulé, le plus archaïque.

*Philippe Romon est psychanalyste, membre praticien de la SPF et membre de Regain de la Psychanalyse